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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Quand Maria franchit le Rubicon

Quand Maria franchit le Rubicon

 

Comme chaque matin dès potron-minet, Pierrot sortait de chez lui en humant l’air matinal. Pierrot était un gringalet, sec comme un coup de trique et fier comme un pou.

Pierrot n’avait pas beaucoup d’amis et depuis bien longtemps avait rendu son tablier avec l’amitié. Son air revêche et son vocabulaire populaire lui avait fait décrocher la timbale de la meilleure tête de pioche du village.

Quand il croisait quelqu’un, il disait rarement bonjour et si l’indélicat  insistait, un « Tu veux ma photo » retentissait.

Chaque matin, donc, Pierrot se dirigeait vers le bistrot pour s’en jeter un derrière la cravate, puis un deuxième.

Là-bas il était connu comme le loup blanc. Quand il en arrivait au troisième, il s’écriait : « Encore un que les Boches n’auront pas ». Souvent, Paulo le cafetier voulait l’arrêter. Il entendait alors un monstrueux rot accompagné de la tirade finale : « Mêle-toi de tes oignons ». Paulo haussait les épaules et pensait à Maria, la femme de Pierrot qui avait vraiment fait chou blanc avec cet olibrius. C’était donner de la confiture à un cochon.

Chaque soir elle lui faisait la soupe à la grimace et lui s’en moquait comme de colin-tampon. Il assortissait ses larges lampées de soupe de phrases assassines :

Si ça ne lui plaisait pas, elle n’avait qu’à changer de crémerie. Et puis qu’elle ne lui raconte pas de salades, elle aussi avait ses défauts : elle était plate comme une limande et vraiment soupe au lait !

Et en plus, elle parlait français comme une vache espagnole ! A ce moment là, Pierrot éclatait de rire : il lui avait coupé le sifflet !

Alors Maria soupirait et allait se coucher. Pierrot n’avait vraiment rien dans le ciboulot.

C’était pas d’la tarte !

Elle avait bien songé à mettre les bouts mais que ferait-elle loin de son village ?

Elle mènerait une vie de patachon, elle serait toujours raide comme un passe-lacet. Ce serait la fin des haricots ! Souvent elle pleurait comme une madeleine. Puis elle se rassurait, ça valait mieux que d’attraper la scarlatine.

            Elle n’avait pas le caractère d’Angèle, sa sœur qui faisait souvent du gringue aux hommes et puis pleurait quand elle avait le béguin. A chaque fois, elle disait, c’est la der des ders et puis c’était reparti comme en 14.

Elle, elle se faisait pas de mouron et en plus, elle avait un appétit d’ogre qui enchantait ses amis. Elle mangeait à s’en faire péter la sous-ventrière.

Au cours de ses aventures, elle avait souvent déménagé à la cloche de bois et sans regrets ni remords s’installait chez Maria. Pierrot disait qu’elle travaillait du chapeau mais ne s’y frottait pas. Il était quand même capable de lui faire des tours de cochon.

Alors quand Angèle se fâchait, la maison résonnait de cris. A la fin, Angèle prenait ses cliques et ses claques et s’en allait habiter ailleurs pour quelques temps. Quand on a pas de tête, il faut avoir des jambes !

            Maria en avait assez de manger à la fortune du pot. Elle était flagada. Elle se mettait la rate au court-bouillon pour deux êtres insupportables.

Un soir qu’elle s’était installée sur les marches du perron, il se mit à pleuvoir comme vache qui pisse. La pluie se mêlait à ses larmes. Il y avait encore eu de l’eau dans le gaz avec Pierrot. Puis il avait fait le zouave au bistrot et Paulo avait du le ramener. Cette fois-ci pensa-t-elle, les carottes sont cuites, mais non, elle n’avait pas la berlue : Pierrot avait passé l’arme à gauche.

Elle avait voulu joindre Angèle, mais bien sûr, celle-ci était aux abonnés absents. Elle se souciait comme d’une guigne de ce qui pouvait arriver. Mais Maria lui réservait un chien de sa chienne.

Le jour suivant la mort de Pierrot fut long comme un jour sans pain et dans sa maison grande comme un mouchoir de poche, Maria retrouva le calme et la tranquillité tant désirés. Désormais la maison serait toujours propre comme un sou neuf et même Angèle qui n’avait pas inventé le fil à couper le beurre n’y mettrait plus un pied.

            Chaque soir, Maria s’asseyait sur les marches du perron, même s’il faisait un froid de canard et pensait : « Comme le monde est petit ». Elle en restait baba d’être si bien. Puis le marchand de sable passait et elle s’endormait sereine même si un vent à décorner les cocus soufflait en pleine nuit.

            Bien sûr, Angèle était revenue taper à la porte, ronde comme une queue de pelle et Maria n’avait pas ouvert. Le lendemain, Angèle s’était montrée au grand jour, bête à manger du foin, le petit doigt sur la couture du pantalon, dans un garde à vous impeccable pour montrer patte blanche. Elle s’était acheté une conduite disait-elle à Maria et gaie comme un pinson promettait tout à Maria, ça ne mangeait pas de pain.

Maria arrêta le flot de paroles :

« N’en jette plus, la cour est pleine et fais un nœud à ton mouchoir, pour te souvenir de tout ».

Maria claqua une nouvelle fois la porte. Angèle resta en carafe dehors, décida d’aller casser une graine, elle était pas aux pièces, elle avait bien le temps, et fière comme Artaban se dirigea vers le bistrot.

Ah, cette Maria, si elle n’existait, il faudrait l’inventer : c’était le bouquet !, vouloir faire croire qu’elle était tombée sur un os.

Elle se mit à rire et cria :

« Numérote tes abattis ! », mais Maria avait dit son dernier mot : Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.

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Consigne: à partir d'une liste d'expressions, écrire un texte ou inventer une histoire en utilisant un maximum des expressions.

 

 

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D
Belle exécution de la consigne. Quel panache. Bravo Catherine. Brave Maria on est de tout cœur avec elle.
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