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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Aventure d'écrivaine

Aventure d'écrivaine

 

Au lever du jour, en voyant le ciel déversé toute sa bile, je n’étais plus guère motivée pour partir à Compiègne distant de 87 km 500.

Mon esprit est plat, et dans le genre calme plat, je ne peux guère faire mieux. Je suis fatiguée, littéralement essorée si bien que je suis partie pour une séance de dédicace, à 6 h 17 ce dimanche de septembre, oubliant ma trousse sur le plateau de mon bureau, mais cela je ne le constaterais qu’une fois arrivée à destination.

Une population urbaine multiforme, une multitude de destins, de joies et de drames individuels, de soulèvement populaire. Arrivée aux abords de l’agglomération, j’empruntai un écheveau de rues, places, ronds-points, en bref un labyrinthe dans lequel je peinais à trouver le Square Legendre.

J’atteins enfin le but de mon voyage ; l’accès aux salles des fêtes de nos villages est bien plus commode ! Quoi que !

Je pousse un chariot à roulettes sur lequel s’entasse trois cartons de livres et autres petits décors me permettant d’égayer mon stand d’auteur de romans, d’autofiction, de polar, de récit humoristique, et cætera et cætera.

La rue traversée, je me retrouve nez à nez avec une mixité d’humains dont j’avais oublié l’existence sur notre territoire : Français, Espagnols, Algériens, Turcs, Sénégalais, Chinois, Portugais…

Je vire, re vire et trouve enfin ma table. Je déballe mes cartons, toute contente de me détendre un peu avant le rush des visiteurs, s’il y a.

Je me sers un verre de café de ma thermos, et machinalement fouille dans mon sac à la recherche de ma trousse. Le café a un goût amer, mais très amer, même. Mes sacs et cabas, mes cartons sont vides et horreur je n’ai pas ma trousse. Pas un crayon pour écrire, impossible, impensable ! Je suis en panique totale, j’ai l’impression d’être nue. Mon acolyte depuis des lustres et des lustres m’avait abandonnée ce jour. Comment était-ce possible, un tel état de fait ? Comment vivre sans lui ?

Derrière l’emplacement réservé aux auteurs, celui de la brocante du Square Legendre, battait son plein. Un bric à brac indescriptible d’objets à vendre ou à acheter, mais pas le moindre crayon de mine, ou de stylo à acheter en perspective qui pourrait me sauver de ce désastre.

Catastrophée, je ne trouvai rien ; pas un crayon ni même une mine couleur. Une éventuelle dédicace en couleur, c’eut été des plus originales ! Dépitée, je retournai vers mon stand.

  • Bonjour madame, je suis l’organisateur du salon, tout va bien ?
  • Bonjour monsieur, merci pour votre invitation. Je cherche désespérément un crayon ou un stylo, j’ai oublié ma trousse. Cet article n’entre pas dans les objets à brader, ironisai-je la mine déconfite.
  • Tenez, je vous offre le mien, j’en ai toujours en réserve, rassurez-vous.
  • Merci. Mille mercis.
  • Je fais le tour et reviens vers vous, déclama-t-il tout sourire.

J’eus à peine le temps de m’asseoir que le stylo noir se mit en marche. Il part carrément en vrille, sautant du coq à l’âne. Il relève les imperfections du comportement des humains ; il y a de quoi épiloguer durant des et des…

  • Hé ! la liberté de chacun dans tout ça, tu en fais quoi ?

Pour une fois, j’essaie de temporiser les revendications de ce stylo, comme il ne m’appartient pas, ne refléterait-il pas les états d’âme de son propriétaire ?

Je souris en y songeant. Je pose ce stylo car un candidat à la lecture m’interroge sur mes ouvrages. Bien m’en a pris, je viens de réaliser ma deuxième vente de la matinée.

Le salon du livre fut écourté, à cause d’un orage carabiné, qui s’abattit sur la ville au début de l’après-midi, mais ma quête d’un crayon fut récompensée, bien au-delà de mes espérances, car je vendis en deux heures quatre manuscrits. Cela ne m’était pas arrivé depuis, attendez, perte de mémoire.

J’étais partie sous un déluge de tous les diables et l’esprit à plat, mais je rentrais chez moi sous un torrent de larmes froides et l’esprit au plus haut.

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