Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

A nos plumes d'oie!

A nos plumes d'oie!

 

Il était un pays si lointain que plus personne n’arrivait à se souvenir de son existence ni même de son nom, ce qui était source de railleries incessantes de la part des habitants du village.

Seul, Adrien Grosbras, le vilénot aussi courtibaut qu’il était laid en était l’unique rescapé.

Le verre toujours plein était devenu son compagnon attitré durant les longues soirées d’hiver où la chaleur de l’alcool lui tenait chaud par intermittence. Aussi, il aimait, devant ses compagnons de beuverie, fabler sur sa jeunesse. En effet, Adrien était arrivé dans ce village, il avait tout juste huit ans. Il somnolait au pied d’un grand chêne remarquable, lessivé d’avoir tant couru afin d’échapper au lynchage des enfants prétextant que les catastrophes naturelles dont leur Paradis était victime était le résultat de la colère des dieux, qui détestaient la laideur.

Une vieille estrie, le visage d’une beauté éclatante, mais aux doigts déformés avec des ongles crochus, s’aidant d’un immense bâton pour marcher, s’était approché de lui. Sans un mot, elle enveloppa ses épaules tremblantes une immense touaille le protégeant momentanément de la pluie.

Adrien resta figé, les yeux en pleine ploraison.

Les années passèrent, Adrien avait gardé le silence sur ce petit coin de Paradis, dont il était le seul à connaître l’existence haïssant ce nom, mais à l’aube de la retraite, les remembrances de la joyance lui revenaient devant ses yeux, ce qui le transportait dans un état d’émeuvement des plus nostalgiques.

Le bistrot fermait, alors Adrien agrippa son mantel, sortit du bouge malfamé sous une brune noire. Il s’appuyait sur une canne de buis qu’il avait taillée et ciselée ; une petite merveille. Quelques minutes plus tard, il rentrait chez lui.

Une vieille masure lui servait d’habitation. Sa demeure se composait d’une pièce principale et dans le recoin gauche un lit en bois de hêtre qu’il avait fabriqué. Tout ce qu’il touchait de ses doigts se transformait en œuvre d’art.

Il se réchauda un peu devant son poêle à bois dans le foyer duquel il inséra une bûche qui se mit à crépiter, puis tremblant légèrement, il se défubla et nu comme un ver, se glissa sous une couverture qui n’avait plus que le nom.

Ce soir, bizarrement le sommeil se fit expectance. Les noises de ses compagnons nocturnes revinrent à sa mémoire. Ordinairement, l’humour se mêlait à leur moquerie, devenant des marrades amicales.

Tout à l’heure, leur comportement avait changé et l’alcool aidant, l’hontage avait envahi Adrien.

Enfuriosé, il avait tenté de les raisonner leur demandant d’aller voir la sorceresse, dont ils croyaient les dires tant ils étaient terrifiés à l’idée d’être éventuellement transformés en crapaud, s’ils ne l’écoutaient pas.

Elle leur jurerait que le Paradis existait bel et bien ; et…

  • Menterie ! Menterie, assez pour ce soir, jeta la serveuse à bout, obligeant le monde des nuitards à regagner leurs pénates à défaut d’habiter au Paradis.

---------------------------------------------------------------------------------------------------

Consigne: Et si nous écrivions comme au Moyen-Age?

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article