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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

La Petite Maison

La Petite Maison

C’était une petite maison nichée contre une autre petite maison au bord d’une ruelle antique menant vers les jardins.

La petite cour devant la porte d’entrée était jonchée de roses trémières aux tons multicolores et dans un coin, un hortensia rose renaissait à la belle saison.

La maison était habitée par un petit vieux, au pas trainant réglé sur sa vieillesse. Comme beaucoup de personnes âgées d’une certaine époque, il portait une casquette et des bretelles retenaient son pantalon un peu court.

Quand il sortait, il humait l’air, en silence, se mesurant au monde changeant qui l’entourait. Tout semblait immuable pour lui, sa maison, sa cour, la ruelle, la vieillesse. Le temps de cette époque semblait immobile, figé dans un passé vieillot et rassurant.

Puis, le petit vieux partit à l’hospice, sans fermer les volets de la petite maison. Puis, le petit vieux mourut et les volets restèrent ouverts longtemps.

Elle ne changeait pas. Personne ne s’en occupait, mais les yeux ouverts sur le monde, elle restait elle-même. Tranquille. Solide. Colorée chaque été par les roses trémières et l’hortensia. Comme si le petit vieux allait revenir. Paisible, elle affrontait le temps avec bonhomie et douceur. C’était le temps de l’embellie. Elle était belle la petite maison dans sa paix ordinaire malgré l’abandon.

Puis, la petite maison fut vendue. On coupa les roses trémières, on fit disparaitre l’hortensia. On mit une clôture en bois autour de la petite maison.

Défigurée, elle ne montra plus sa petite fenêtre et perdit la vue sur la ruelle.

On entendit les enfants pleurer, les adultes crier, les chiens aboyer et la télévision résonner. La tranquillité avait fui la petite maison.

J’étais bien consciente que pour rester debout, la petite maison avait besoin de l’activité humaine qui lui garantissait la vie et qui d’ailleurs lui avait donnée. Ce regard nostalgique ne pouvait pas durer. Je me rassurais en me disant que, moi aussi, j’avais vécu l’embellie : cet arrêt du temps qui m’avait fait regretter une époque révolue. En ça, je ne différais pas des autres.

J’ai conservé au fond de ma mémoire le souvenir des roses trémières et de l’hortensia, niché, là, au coin du mur.

Je le ressors parfois comme une carte postale gardée au fond d’une boîte rangée précieusement.

 

 

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