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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Episode 22 Sylvestre et la cabane de jardin

Episode 22 Sylvestre et la cabane de jardin

 

 

Monsieur le Ministre du Déconfinement,

 

Il parait que vous avez décidé le déconfinement. Ben, je sais pas si c’est une bonne idée !

Il m’est arrivé une aventure que je vais vous raconter pour l’exemple.

Quand vous avez décidé le confinement, ça m’a pas plus inquiété que ça, parce qu’à la campagne, on est déjà un peu confiné.

Dans mon hameau, par exemple, y’a plus de magasins, alors on est pas tenté.

Bref, je m’organise et un jour en revenant du jardin, je croise la maréchaussée.

  • Bonjour Monsieur Sylvestre me dit le grand Charles, d’où vous venez comme ça ?
  • De mon jardin, tu le sais bien : il est situé à 50 mètres de ma maison,
  • Montrez-moi votre attestation de sortie s’il vous plait,
  • …Ma quoi ?
  • Vous ne pouvez pas sortir sans justifier votre sortie.

Bon, là, mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis fâché. Je vous passe ce que je lui ai dit.

 Non, mais qu’est-ce que c’est ces façons de faire ? Le grand Charles est reparti avec ses grandes oreilles et son long nez de la couleur des tomates.

Je rentre à la maison et là, Monsieur le Ministre, c’était l’apothéose : depuis qu’on est confinés, Gillette peut plus randonner. Et à la maison, c’est plus supportable.

Non mais, vous êtes pas bien : l’exercice au grand air, c’est comme même ce qu’il y a de mieux.

On voit bien que vous vivez toute l’année à Paris.

Ce jour-là, je la trouve devant sa machine à coudre, à côté de Victoire, armée elle aussi d’une machine et ça pédalait et les canettes valsaient, et pour quoi faire ? Je vous le demande : pour faire des masques que vous nous avez pas fournis !

Tous les jours, Chrono-post livrait des cartons de tissus qui s’empilaient partout dans la maison.

Et c’est pas fini : au milieu de la table trônait l’ordinateur pour communiquer en Visio conférence avec Tante Maya et Oncle Saturnin, attelés eux aussi à une machine à coudre.

Bref, à la maison, c’était comme au Sentier à Paris. Une vraie ruche !

En face, j’entendais les filles du voisin chanter, le chien aboyer, la musique à fond et le voisin qui criait après le chien et les gamines.

La télévision marchait en boucles pour répéter toujours la même chose ou son contraire.

 

 

 

J’ai demandé à Gillette :

  • Pourquoi tu couds autant de masques ? Et pourquoi tu les fais tous jaunes ?
  • C’est pour le printemps prochain : on ira randonner aux Champs Elysées et on sera autorisés à porter des masques sinon on risque de refiler le virus aux flics.  Cette fois ci, ils devront bien nous les laisser. Et ce sera assorti à nos gilets. Puisque nous devons nous débrouiller nous-mêmes, autant que ce soit joli.

Et c’était comme ça tous les jours, le bruit des machines, de la radio, de la télévision, d’Oncle Saturnin qui criait « Sus à l’ennemi », à chaque fois qu’il terminait un masque suivi d’un « Mort aux vaches » de Maya.

 

Quand Diogène s’est mis à hurler à la mort, j’ai dit :

  •  T’as raison, ça peut plus durer !

Je suis monté au grenier, je suis allé chercher mes malles, je les ai remplies du nécessaire et j’ai chargé dans ma voiture. J’ai mis ma casquette, j’ai enfilé mon gilet jaune et je suis parti.

J’avais à peine ouvert les portières que Diogène a sauté sur le siège passager, suivi de Galilée et de Charivari, le chat de Gillette.

Et on s’est tous installés dans la cabane de jardin. Vous me croirez si vous voulez, mais on a dormi trois jours et trois nuits. Moi, sur mon lit de camp avec Charivari et Diogène et Galilée dans leur tonneau. Le lendemain Attila, le chat de Maya et Saturnin est arrivé en feulant, ébouriffé, les yeux exorbités et les griffes sorties, un masque jaune virevoltant autour de son cou.

Même lui, n’en pouvait plus de la machine à coudre. Je lui ai fait une niche à part pour qu’il se repose.

Et un matin, j’ai entendu les oiseaux. Et pas d’autre bruit : plus de voitures, plus d’avions, plus de télévision ni de téléphone, plus de machines à coudre et pas de masques sur le museau.

Que le chant des oiseaux et j’ai soupiré d’aise. Je me suis mis à jardiner et jamais mon jardin n’a été aussi beau et jamais je n’ai autant savourer la paix.

J’ai semé toutes les graines de fleurs et de légumes que j’avais en stock et j’ai expérimenté la permaculture.

Galilée s’est replongé dans ses étoiles, la truffe en l’air et l’air béat.

Diogène faisait le tour du propriétaire toute la journée et Charivari dormait 23heures sur 24 : y avait longtemps qu’il avait pas dormi comme ça.

Attila se vautrait dans le thym à l’affût et ronflait à l’unisson du coucou qui chantait.

Victoire passait une fois par semaine pour nous ravitailler et nous donner un peu de nouvelles qu’on écoutait d’une oreille distraite, chacun dispersé à un coin du jardin.

Et un matin, la mine réjouie, elle m’annonce le déconfinement :

  • Non, je veux pas déconfiner que je réponds,
  • Mais Papa, c’est pas une vie d’habiter dans la cabane de jardin !
  • J’ai tout le confort qu’il faut et surtout, j’ai la paix !
  • T’es pas malade ?
  • Non, mais je m’aperçois que la paix dans tous ses états, c’est encore ce qu’il y a de mieux pour la santé !

 

Alors voilà, Monsieur le Ministre, il faut pas déconfiner ! Attendez encore un peu. En automne, ça me parait bien. Vers fin octobre. De toute façon après c’est l’hiver et tout le monde se risque pas à mettre un pied dehors. Et puis, cela évitera qu’on vous reproche de pas protéger la population avec un masque : tout le monde aura une écharpe à se mettre sur le nez.

Même s’il gèle plus beaucoup, pour les citadins, il fait toujours trop froid.

Le mieux, ce serait qu’ils vivent à la campagne, mais je sais pas si serait une bonne idée pour nous.

Vaut mieux pas leur glisser ça dans l’oreille.

Il suffit juste que chacun découvre sa cabane de jardin et la vie peut devenir un paradis…pas trop près les uns des autres. Même les courgettes savent ça.

Et puis, cet hiver, j’aurai pas besoin d’aller faire mes courses, j’ai tellement de potimarrons, de tomates, de poivrons et plein de légumes que j’ai réalisé un circuit très court.

Gillette va être contente : il y aura une production exceptionnelle de courgettes…jaunes !

 

Bien à vous.

 

Sylvestre

 

 

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