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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Le Mur Chapitre 3

Le Mur Chapitre 3

Juliette sort enfin de l’hôpital et Margot et Clovis ne la lâchent plus d’une semelle. Clovis a tout remis en ordre : le jardin et la cabane et exhorte Juliette au repos. Chaque matin, Margot passe pour aider son amie et lui raconter les potins. Quand Juliette demande des nouvelles de Thelma, elle se fâche : 

  • Oublie-la cette mauvaise. On ne la voit plus. Elle a enlevé son escabeau. 
  • Et le mur ?  Demande Juliette 
  • Ils y ont mis les scellés et dans ta cabane aussi.
  • Ma cabane ? Pourquoi ma cabane ?  S’étonne Juliette en se redressant dans son fauteuil.
  • A cause de la valise. D’ailleurs, voilà les gendarmes.

Les gendarmes prennent tout d’abord des nouvelles de Juliette et ne souhaitent pas que Margot sorte : ils craignent une nouvelle attaque et le témoignage de la vieille dame est important.

Le Capitaine raconte à Juliette l’étonnante découverte de la cabane de jardin. Juliette et Clovis ont tous les deux buté sur la poignée d’une petite valise marron qui sous l’effet du choc est sortie de l’endroit où on l’a enterrée, il y a fort longtemps.

Elle contient des vêtements féminins et des papiers d’identité. Juliette suit attentivement le récit du gendarme et tout à coup, à la description de la valise, elle la reconnait. Mais, c’est impossible…

Le Capitaine continue son récit et dévoile que les ossements ont été analysés et qu’il s’agit probablement d’une femme, une très jeune femme, à peine vingt ans. Juliette connait-elle la valise ?

  •  Je crois que oui, répond-elle timidement : Hélène en possédait une comme celle que vous décrivez. Je l’ai vue sur le palier de la porte le jour où elle est partie. 
  •  Bien, répond le Capitaine. Les papiers trouvés à l’intérieur sont ceux de votre amie Hélène. Elle a du faire une mauvaise rencontre : elle n’est jamais partie d’ici. Il semble qu’elle ait reçu un coup sur la tête qui l’a tuée.
  •  Mais, ce n’est pas possible, s’écrit Juliette, qui aurait pu faire une chose pareille ? Hélène était une fille si délicieuse ! 

Margot se tait depuis un moment et soudain s’écrit :

  •  Mais enfin Juliette, Thelma ne l’aimait pas, tu le sais bien. D’ailleurs t’a-t-elle demandé des nouvelles de sa sœur après son départ ? 
  • Margot, le cadavre de cette pauvre fille a été enfermé dans mon mur, et puis, c’est impossible !

Le Capitaine écoute les échanges entre les deux femmes. L’une se remet à peine des évènements tandis que l’autre virulente commence à accuser. Son langage familier est un atout pour lui, de cette manière imagée, les gens en disent plus long que les autres.

Il interroge Margot sur ses relations avec Thelma. Il constate sans surprise que comme tous les habitants du village, Margot déteste Thelma.

De plus, elle qui adore Juliette lui en veut de garder pour Thelma une amitié autant inattendue que tenace. Juliette se met à pleurer, et déclare que tout cela est bien dur pour elle, en plus Thelma ne lui parle plus depuis la découverte du drame et vit recluse dans sa maison. Perdre son amie est vraiment pénible.

 Margot n’en peut plus, elle crie :

  •  Bien sûr qu’elle ne veut pas sortir, il lui en manque un… Elle s’arrête net, rouge de colère et de surprise.

Juliette se mouche et la regarde. Le Capitaine sursaute et demande : 

  • Un… quoi, Madame Margot ?

Alors dans un geste expressif, Margot lève son index et le fait tourner sur sa tempe. Le geste n’est pas franc. La main tremble et comme s’il était nécessaire de traduire, ajoute :

  •  Ben, …un neurone. Vous voyez bien qu’elle en a un grain !  Le Capitaine soupire. Cette affaire n’est vraiment pas banale. Il décide de s’arrêter là pour aujourd’hui. Épuisées, les deux femmes le regardent partir avec soulagement.

Le gendarme est perplexe. Toutes ces vieilles dames ont une histoire commune et il en est à ce dire que tout cela relève du fantastique quand l’idée logique lui apparait : ces dames n’ont pas toujours été vieilles, au bord de la crise cardiaque et des rhumatismes les clouant dans un fauteuil. A une certaine époque, les filles des campagnes étaient bien robustes et pour certaines pleines de motivation pour atteindre leurs ambitions. Il arrive là où doit le mener sa réflexion : il faut interroger Thelma.

Le lendemain, il s’arme de patience et de courage et va frapper à la porte de Thelma. Celle-ci l’a vu venir et lui ouvre sans difficulté. Elle ne dit rien pour ne pas faciliter le travail du gendarme. Elle ne lui propose pas de s’asseoir, ni un café. La réception est comme elle doit être : glaciale.

Après l’avoir mise au courant des faits, il attend.

Thelma remonte sa pèlerine sur ses épaules et attaque : Que veut-il qu’elle lui dise, sa sœur était partie. Elle n’avait jamais eu de nouvelles. Et pour cause, ricane-t-elle. Tout le monde lui en voulait à elle, mais toutes les filles étaient jalouses d’Hélène à cause d’Étienne, son petit ami. Elles le voulaient toutes et lui n’avait d’yeux que pour Hélène. Les autres garçons le jalousaient. Tenez Clovis, celui-là n’était pas le dernier et comme il fréquentait déjà Margot, celle-ci le surveillait. Allez savoir ce qui s’était passé.

  • Justement, répond le Capitaine, les papiers du fameux Etienne étaient aussi dans la petite valise et malgré les recherches entreprises, celui-ci n’avait jamais été retrouvé.

Vous me direz, s’il est encore vivant, il doit être âgé maintenant. Mais pourquoi ses papiers étaient-ils enfermés avec ceux d’Hélène dans la même valise ?

Le Capitaine perçoit une hésitation dans le regard de Thelma. Sait-elle quelque chose qu’elle n’ose pas dire ?

Il lui demande alors de faire un effort, tout cela était loin maintenant, la haine qu’elle porte à tout le monde ne peut pas perdurer comme cela. Elle ne fait que se détruire. Si elle a vu ou su quelque chose, elle doit le dire.

Malgré ce qu’elle pense, il n’est pas là pour lui nuire, il ne fait que son travail. En aucun cas il n’est un ennemi et ne se permettrait de la juger. Restée debout jusqu’alors, Thelma s’assoit et propose enfin une chaise au Capitaine.

Ce qui la tracasse, c’était Étienne, avoue-t-elle, s’il est mort avec Hélène, comme le gendarme le laisse supposer, où est son corps ? A ce dernier mot, elle élève légèrement la voix d’un ton autoritaire.

Le Capitaine avoue ne pas encore le savoir, mais s’il faut employer les grands moyens, il le fera. Suggérant que le premier corps a été découvert à l’intérieur d’un mur, le deuxième s’y trouve peut-être aussi, mais les assassins sont parfois surprenants. Peut-être que celui-ci avait prévu de tuer une seule personne et qu’une deuxième s’est présentée et alors, le meurtrier n’a pas pu faire autrement que de l’éliminer à son tour.

Peut-être aussi, n’a-t-il pas voulu les enterrer ensemble dans le but de les séparer pour l’éternité. Ce qui s’expliquerait par les jalousies suscitées et qu’elle a si bien décrites tout à l’heure.

Au fur et à mesure qu’il déroule sa théorie, le Capitaine examine Thelma : elle ne bronche pas et écoute sérieusement. Elle finit par dire :

  • Les grands moyens, c’est quoi exactement ? 
  • Nous avons su chercher dans le jardin de Juliette, il faudra le faire dans le votre… 
  • Vous êtes bien ennuyé là, Capitaine…
  • Ennuyé, ennuyé, c’est un grand mot, je suis payé pour chercher, vous me l’avez dit vous-même
  •  Oui, mais d’habitude, vous avez un cadavre et pas de meurtrier et là vous avez un cadavre, pas de meurtrier et en plus, il vous en manque un …

Le Capitaine ne cherche pas à savoir si Thelma se réjouit et sur ces mots, il se lève, remet son képi, salue Thelma et se dirige vers la sortie.

Thelma n’a pas réagi à l’évocation du saccage de son potager. Il lui semble que c’est le prix à payer pour avoir enfin la paix.

Le Capitaine a rencontré des caractères dans sa carrière mais cette personnalité là le dépasse. Il ne se sent pas chez elle comme chez Juliette. Celle-ci a une maison décorée, remplie de fleurs et de livres. Deux chats logent là, en toute sérénité. Chez Thelma, tout est rangé : pas de livres, pas de fleurs ni d’animaux à l’horizon. Bref, pas de traces ou de témoignage de sa vie. Que fait-elle de ses journées ? Il la sent toujours aux aguets, comme sur le qui vive.

 

A suivre...

 

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