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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Le Mur Chapitre 2

 Le Mur Chapitre 2

 

Quand la découverte macabre est emballée, Juliette est emmenée par les gendarmes. Thelma rentre dans son logis en claquant la porte et n’en sort plus.

Tétanisée par l’idée du cadavre dans le mur, elle s’est recroquevillée dans son fauteuil.

Les jours passent, Juliette revient, plus blanche que jamais. Le médecin lui a donné des calmants. Une analyse des ossements est en cours mais elle ne supporte pas tous ces hommes retournant son jardin à la recherche de quoi d’ailleurs ? pense-t-elle.

Elle ne rencontre plus Thelma. La dernière fois qu’elle l’a aperçue, celle-ci lui a jeté son regard des mauvais jours, comme si elle était l’assassin !

Thelma est convoquée à la gendarmerie :                               

Bien sûr que non, elle ne sait rien. Le mur existe depuis bien avant sa naissance. Ses parents n’y ont jamais touché. D’ailleurs, c’est du côté de chez Juliette que se trouve le cadavre, et puis d’où vient-il ce cadavre ? Hein !?  Ils sont payés pour chercher, alors qu’attendent-ils ?

Juliette ne s’est jamais mariée, peut-être pour rester seule d’ailleurs.

Vous trouvez-ça normal qu’une femme ne désire pas se marier, aussi laide soit-elle ?

Quoi, moi ? Non, je ne me suis jamais mariée mais j’ai été victime de la convoitise d’un homme, qui m’a abandonnée. Comment me marier après ça. J’étais jeune, mais quand même. Les hommes sont tous les mêmes.

Non, je n’accuse pas Juliette, mais le cadavre, il n’est pas venu tout seul ! 

Puis, oubliant sa prudence sournoise, Thelma dévide son écheveau de haine. Tout le monde y passe : le passé, le présent, le futur, Margot et Clovis son mari, les autres voisins et même Paulo et Petit Pierre. Enfin, elle se calme, rajuste sa pèlerine et est libérée par des gendarmes épuisés.

Juliette est de nouveau appelée à la gendarmerie. Devant la douceur de la vieille femme et pour ne pas l’effrayer, on lui offre un café et une part de brioche. Le gendarme se venge aussi de Thelma qu’il a prise en grippe.

Elle ne comprend pas d’où vient ce cadavre. Le mur existe depuis bien avant sa naissance. Ses parents n’y ont jamais touché. Bien sûr, le cadavre se trouve du côté du mur de sa propriété. Mais qui l’y a déposé ? Sûrement pas elle, elle est devenue végétarienne rien qu’à l’idée de manger les lapins que sa grand-mère élevait. Tuer un lapin, elle ne pourrait pas, alors un homme…

Elle confirme que tout va bien avec Thelma et sous le regard consterné des gendarmes elle dit que c’est sa meilleure amie.  Margot aussi est son amie, mais celle-ci déteste Thelma. De toute façon, tout le monde déteste Thelma.

Pourquoi ? A cause de cette histoire d’amour et les enfants. Les gens sont vraiment trop durs avec Thelma. Le gendarme se gratte la tête et lui demande de bien réfléchir. N’y avait-il pas eu un accrochage entre elles ?

Oui, il y en a eu un mais ça n’a pas entravé leur amitié et puis, jeune homme, cela date d’il y a au moins 60 ans !

Alors Juliette raconte que les trois jeunes filles, Thelma, Hélène et elle étaient tombées amoureuses du même jeune homme. Le combat était perdu d’avance pour elle, elle est si laide. Thelma était jolie, mais timide et renfermée. Quant à Hélène, c’était une beauté et c’est elle que le jeune homme choisit.

D’ailleurs pour tout vous dire, ils sont partis ensemble, quittant leur famille. On ne les a jamais revus. Juliette a reçu une fois une carte postale de Paris et Hélène lui écrivait qu’elle allait bien. Mais elle n’osa pas en parler à Thelma de peur de lui faire de la peine.

Perplexe, le Lieutenant demande :

  • Rien d’autre ? 
  • Non, répond Juliette, en larmes à l’évocation de sa jeunesse.

Les gendarmes raccompagnent la vieille dame et se mettent à l’ouvrage.

 

Le temps passe. Thelma a rompu avec Juliette qui meurtrie a rangé l’escabeau. Juliette a fait nettoyé son jardin et parfois jardine sans porter un regard de l’autre côté du mur. Les gendarmes ont dit que les ossements découverts sont vieux. Cela la rassure finalement.  C’est si vieux que le coupable est peut-être mort aussi. Mais à l’idée de l’amitié brisée, son cœur se serre. Thelma n’a jamais été sereine. Elle a détesté sa sœur, puis ses voisins après l’histoire des petits, le père de ses enfants et puis Margot et Clovis, et qui d’autre encore ?

Juliette se remémore alors cette période où tout le village a isolé Thelma renforçant sa haine.

Se faire berner une fois, soit…mais deux fois. Juliette qui ne connait rien des histoires d’amour soupire. N’aurait-elle pas du se contenter de vivre paisiblement dans sa jolie maison comme elle ?

Pourquoi Juliette a-t-elle été épargnée par cette haine ? Elle se dit que peut-être elle l’aime quand même et que la croyant coupable d’un meurtre elle s’est sentie flouée dans son amitié. Si seulement elle pouvait lui parler. Mais elle connait Thelma : elle a la rancune tenace. Tout en binant ses fleurs, ses pensées affluent et l’épuisent.

Un après-midi, elle ouvre la vieille cabane de jardin qui a été condamnée : le nettoyage et la rénovation du vieux bâtiment lui donnent un but et puis les gendarmes ont tout bousculé et un désordre épouvantable règne dans la cabane.

Aussi, chaque jour, Juliette trie, jette, range et petit à petit arrive au mur.

La cabane a été construite le long du mur qui sépare les deux habitations. En le voyant, Juliette s’essuie le front et arrête son ouvrage.

Le lendemain matin, elle retourne dans la cabane bien décidée à terminer. De son pas vif, elle entre dans le bâtiment et se dirige vers le fond, elle heurte alors un objet à moitié enterré dans le sol. Déséquilibrée, sa tête cogne sur un morceau de bois. Juliette écarquille les yeux, pousse un soupir et s’évanouit.

     C’est le facteur heureusement matinal qui la découvre. Elle est transportée à l’hôpital où son état s’améliore petit à petit.

Seule Margot vient lui rendre visite.

Elle lui raconte les potins dont Juliette est si friande, mais ne lui donne pas de nouvelles de Thelma. Dans sa somnolence, Juliette écoute le bavardage de son amie et son esprit vagabonde, quand soudain elle entend :

  •  Clovis serait bien venu te rendre visite avec moi, mais il lui est arrivé un pépin : il voulait te faire plaisir en rangeant ta cabane pour t’épargner du travail et il s’est blessé. Je te rassure, ce n’est pas grave, pas de quoi fouetter un chat… 

Au son de la phrase interrompue, Juliette ouvre brusquement les yeux :

  • Mais… demande-elle ? »
  • Mais, mais, oh la la, je n’aurais jamais du t’en parler, puis, n’y tenant plus :
  • Il s’est vautré là où tu es tombée et il a déterré l’objet qui faisait obstacle : c’est une petite valise marron.
  • Une valise marron, réfléchit Juliette, et à qui est-elle ? 
  • Ben, on sait pas, elle est à la gendarmerie. Ça c’est passé il y à trois jours. 

Margot s’en va sur ses mots laissant Juliette à ses réflexions.

A suivre...

 

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