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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Sylvestre et Mademoiselle Marianne

Sylvestre et Mademoiselle Marianne

Episode 8

Monsieur le Ministre des Economies,

Je vous avais promis de vous donner des nouvelles et de vous apporter des idées pour résoudre le problème du pouvoir d’achat des Français. Ben, c’est pas gagné !

Je comprends vos difficultés mais quand même, vous m’avez pas expliqué que vous y étiez pour quelque chose.

D’abord, j’ai voulu me renseigner auprès de Loulou. Il est pas de bonne humeur en ce moment, il est dépassé par des problèmes dans son entreprise qu’il avait pas prévus. Parler à Bleuette, c’était pas la peine : elle a que des soucis domestiques et de décoration à la maison.

Je me suis résolu à demander à Gillette. Elle m’a conseillé de venir au bivouac pour rencontrer ses amis. Alors un matin, je l’ai accompagnée. D’abord on a bu le café, on a mangé les croissants, puis on a attaqué les saucissons, le petit vin blanc du matin. Bref, j’ai passé un bon moment de convivialité, comme on dit aujourd’hui. Puis, Gillette m’a présenté ses amis.

D’abord, j’ai rencontré Louise, une pas belle femme austère. C’est une institutrice. Je plains ses élèves. C’est une énervée celle-là.

 Puis, j’ai bavardé avec Emile. Il est sympa, avec sa barbichette et ses lunettes rondes, mais c’est un obsédé : il arrête pas d’accuser. Il va finir par avoir des ennuis.

Du coup, j’ai interrogé Victor. Plus posé celui-là, mais alors j’ai pas bien compris son français tellement il est long à raconter ses histoires. Il est écrivain. Ben si ses poèmes sont aussi longs, doit y en avoir pour des siècles à les lire.

Du coup, je me suis tourné vers Georges : un humoriste qui dit de lui-même qu’il sait même pas si ses idées sont de gauche ou de droite mais qu’est-ce qu’on rigole avec lui malgré son mauvais caractère !

Puis, je suis allé voir Alexandra : celle-là, c’est pas une causeuse, elle écrit tout le temps et voyage beaucoup. Elle est bouddhiste, c’est peut-être à cause d’elle que Gillette est devenue végétarienne.

C’est une dangereuse cette femme. Elle en pas l’air : petite et rondouillarde et un regard noir à vous faire voir rouge. Elle touche dans le mille rien qu’avec ses mots.

Bref, je les ai quittés après le repas, une bonne choucroute arrosée d’une bonne bière. Mais j’avais pas beaucoup avancé.

Alors, j’ai eu l’idée d’aller voir mon institutrice. Il m’a fallu du courage. A l’école j’étais pas bon élève et du coup, j’étais le dernier de la classe. Mais Mademoiselle Marianne, elle a toujours été très patiente avec moi. Elle habite au bout du village, une belle maison fleurie de bleuets, de lys et de coquelicots. Elle est très vieille maintenant mais encore alerte.

Elle a été surprise quand elle m’a ouvert la porte, mais de son sourire avenant, elle m’a bien reçu.

Elle m’a offert du thé et des petits gâteaux. Je lui ai tout expliqué. Elle me regardait en souriant et en hochant la tête.

Quand j’ai eu fini elle m’a dit :

  • Tu n’as rien retenu des leçons d’histoire que je t’ai apprises. Mais toi, je te pardonne. Tu as toujours été rêveur, le cœur sur la main. Tes camarades se moquaient de toi, mais tu n’as rien à leur envier : regarde les premiers de la classe, c’est eux qui gouvernent notre pays et quel bazar !
  • Alors qu’est-ce qu’on peut faire ? On va pas continuer à se battre comme ça tous les quarante ou cinquante ans. Finalement, c’est toujours pareil !
  • Eh, oui, mon Sylvestre, c’est la société qui est à bout de souffle, on ne peut continuer à prier le Dieu « Argent » comme on le fait en ce moment. Quand on a mis le doigt dans un engrenage, il en sort rarement intact. Cependant, les Français d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux des années 70. Aller voter ne leur suffit plus, il faut qu’ils s’expriment et qu’on les écoute. Les gouvernants, eux changent moins vite. Ils veulent conserver le pouvoir, le prestige, la richesse. Ils n’ont pas encore compris que le changement qu’ils prônent, c’est par eux qu’il doit commencer.

Et là, elle m’a appris que finalement les fameux privilèges qu’on a soi-disant abolis en 1789 existent toujours. Ils ont juste changé de noms : avantages, primes en nature, logement de fonction, voitures de fonction, collaborateurs payés par l’Etat… C’était vraiment pas la peine de faire une révolution si c’est comme avant !

Elle m’a parlé aussi d’un tonneau, j’ai pas bien compris, c’est rapport à la mythologie. Ce serait un grand tonneau que des femmes remplissaient toujours sans jamais arriver à le remplir et il parait que vous avez le même pour récolter les impôts.

Et le vôtre, il doit être sacrément troué pour qu’on en voit pas le fond. Heureusement que les vignerons ont pas le même sinon on boirait pas beaucoup de vin !

Et puis, elle m’a expliqué aussi un problème mathématique et elle a bien rigolé de savoir que je pouvais pas trouver la solution parce que même Einstein se serait arraché les cheveux :

Comment ça se fait que les pauvres quand ils sont en négatif sur leur compte bancaire on leur enlève des « agios » alors qu’ils ont plus de sous et que les riches qui sont toujours en positif reçoivent des intérêts pour gonfler leur portefeuille déjà plein ?

Et je suis sûr que tout ça c’est vrai : c’est Mademoiselle Marianne qui me l’a dit.

Bref, Monsieur Le Ministre, ça va pas du tout et c’est pas étonnant que les randonneurs y soient pas contents.

En plus, à l’école, on nous a appris plein de chose sur la morale, le civisme, le calcul, l’histoire et tout ce que vous faites, c’est le contraire. Comment vous avez fait pour être premier à l’école, vous avez copié ?

Moi, quand je faisais pas bien mes devoirs, Mademoiselle Marianne, elle me donnait une punition et je devais rendre des comptes à mes parents. Et plus tard, dans mon boulot, c’était pareil, j’avais pas intérêt à me tromper !

Et puis, il y a autre chose qui m’inquiète. Gillette, elle est pas souvent à la maison depuis qu’elle fait de la randonnée active. Elle passe ses journées à courir partout avec des pancartes et elle distribue des tracts aussi. Bon, si ça fait partie de l’activité, j’y vois pas d’inconvénient, mais ce qui me tracasse, c’est que tous ces gens, ils sont organisés comme pour durer longtemps. Ils sont installés comme à la maison et qu’est-ce qu’ils mangent ! Ils rigolent aussi. Ils appellent ça de la solidarité.

J’avais envie d’en parler avec Loulou. S’il allait les voir, peut-être qu’il serait moins stressé et puis, il apprendrait plein de choses. Seulement, je suis pas sûr qu’après un régime pareil, il soit aussi mince à l’arrivée qu’au départ, parce que si ça continue comme ça ils vont finir par avoir du cholestérol !

A bientôt

Sylvestre

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