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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Sylvestre et l'anonymographe

Sylvestre et l'anonymographe

Episode 9

Lettre au journal « Le Bon Briard »

 

Je m’adresse à vous parce que c’est grave.  Je voudrais répondre à un corbeau qui a semé la perturbation dans une chaumière où un chat fait déjà des ravages, c’est pas la peine d’en rajouter !

Il s’attaque à des pauvres vieux qui sont déjà bien desservis par les politiques qui leur pompent tout ce qu’y ont en croyant qu’y s’en apercevront pas.

 

Voilà, je vous raconte :

La semaine dernière ma tante Maya me téléphone et me dit :

  • Sylvestre, faut que tu viennes on a du courrier.

Ma tante Maya, elle a 90 ans et elle habite une maison au bout du village juste à l’orée d’un bois. Elle vit avec son frère jumeau Saturnin. Depuis la naissance, ils se sont jamais quittés et maintenant qu’ils sont vieux, je m’occupe d’eux.

J’arrive et ils me montrent le courrier : une convocation à la gendarmerie.

  • Encore ! que je m’écrie. Qu’est ce que vous avez encore fait ?

Je pose la question parce ce que depuis le mois de mai 1968, ils font que des bêtises et faut pas croire que ça se passe avec l’âge. Eux, ils sont tout petits mais en pleine forme. Bon, ils ont subi quelques réparations pas bien méchantes et ça les empêche pas de vivre : d’abord, Saturnin s’est fait poser un dentier et une prothèse du genou. Maya, elle a fait poser une prothèse de hanche et un appareil auditif.  Pour les dents, j’ai préféré les implants parce que finalement le dentier c’est pas pratique et ça peut être dangereux et j’ai confisqué le permis de conduire.

A ma question, ils répondent en chœur :

  • On n’a rien fait !

Bon, j’ai été étonné parce que souvent quand ils sortent, ils finissent au poste tellement ils sont turbulents et en général, ils sont embarqués immédiatement. Mais c’était jamais arrivé que la maréchaussée leur écrive pour un rendez-vous. Bref, ils enfilent leur gilet jaune et ils s’installent à l’arrière de mon véhicule. Je place Galilée à côté de moi et Diogène entre Maya et Saturnin.

C’est toujours comme ça qu’on fait quand je les transporte.

Quand on est entrés dans la gendarmerie de Beautrou sur Marne, y avait déjà plein de monde et d’un seul coup, ils sont tous partis. Au guichet, y avait une femme qui voulait émanciper sa fille de 16 ans. Maya a dit :

  • C’est comme ça, ils font des gosses pour toucher les allocs et ils les abandonnent quand ça paie plus !
  • Tais-toi Tante Maya, j’ai répondu. Ça te regarde pas.
  • Ben si, qu’elle s’opiniâtre, je paie des impôts et le gouvernement me fait payer la CSG, tu te rends compte : 45 ans de travail et on me rabiote ma pension !
  • Et on n’a pas fait les 35 heures toute notre vie, renchérit Saturnin.

J’ai soupiré et je leur ai fait signe de se taire. A chaque fois, ils commencent et ça finit en pugilat avec quelqu’un.

Quand la plaignante est partie, elle nous a jeté un œil noir et notre tour est venu.

On connaissait pas le gendarme qu’était là : un jeune au teint pâle, les yeux délavés. Il avait l’air déjà épuisé avant de commencer.

D’abord, j’ai pris deux chaises pour monter Maya et Saturnin dessus sinon leurs yeux arrivaient à peine au ras du guichet et c’était pas confortable pour eux.

Comme ils sont vaillants, je les ai laissés raconter. Seulement voilà, ils s’échauffent vite. Le jeune gendarme en menait pas large en expliquant que des voisins s’étaient plaints que leur chien aboie toute la journée. Ils se sont regardés, Maya a redressé son bob et Saturnin sa casquette. Moi, je me suis mis à rire et Maya a crié :

  • Notre chien ! nos voisins. On n’a pas de voisins ni de chien !

Croyant calmer le jeu le jeune homme demande :

  • Vous n’aimez pas les animaux ?
  • Si répond Saturnin
  • Sauf les gendarmes renchérit Maya
  • Restez polis !

Alors je dis :

  • Ces gendarmes-là, c’est des punaises de bois, vous pouvez pas connaitre.

Et Maya reprend :

  • C’est quoi cette histoire ? On a un chat, mais on a jamais remarqué qu’il aboie, pourtant il est capable de tout Attila. Alors, voilà, à la campagne je vais vous expliquer comment c’est organisé : un chien, c’est fait pour aboyer, un chat pour miauler et un gendarme du poste pour verbaliser. Jamais un chien ne miaulera, un chat n’aboiera et surtout jamais ils ne verbaliseront ! Les animaux ont du bon sens. J’ai pas raison ? qu’elle demande au gendarme interloqué
  • Si…
  • Bon ben alors, comme nous n’avons pas de chien mais un chat, votre anonymographe s’est trompé. C’est pas notre chien : faut qu’il change d’appareil auditif qu’elle hurle en tapant sur le guichet.

Quand j’ai vu ses lunettes glisser sur le bout de son nez, ses chaussettes descendre sur ses tennis blanches, sa jupe se retrousser dangereusement, sa canne siffler au-dessus-de sa tête, le dentier de Saturnin s’approcher de la sortie, sa bretelle péter et le feu de plancher s’agiter sur ses jambes maigres, j’ai dit : Il est temps d’agir !

Alors le grand Charles est entré :

  • Oh ! qu’avez-vous à vous agiter comme des cabris ?

Tout le monde s’est calmé.

J’ai expliqué puis j’ai demandé :

  • D’où tu le sors ton gendarme ?
  • Des Champs Elysées qu’il répond. Des semaines à essayer de rassembler les randonneurs sans y arriver, il est épuisé le petit. Quand il est arrivé il était tout bleu à force de prendre des gnons.
  • Je compatis. Les randonneurs sont turbulents en ce moment et là c’était l’hiver. Avec la montée de sève du printemps, ça va être encore plus dur.
  • Bon, qu’il a dit aux jumeaux, je comprends votre problème. C’est une erreur. C’est classé.

Du coup j’ai calé Maya sous mon bras gauche et Saturnin sous le droit et je les ai remis sur la banquette arrière de ma voiture en plaçant Diogène à gauche et Galilée à droite. Le temps que je boucle les ceintures de sécurité et ils se sont endormis.

Charles m’avait raccompagné et avant de partir, il m’a dit :

  • Dites, Monsieur Sylvestre, la prochaine fois que vous viendrez, vous pourriez vous garer ailleurs parce que ça fait plus d’une heure que les gens téléphonent qu’ils peuvent pas rentrer dans la gendarmerie à cause de Diogène.
  • Je veux bien mais y a que trois places pour se garer, une réservée au SMUR, l’autre aux femmes enceintes et la dernière aux personnes handicapées.

Comme je suis pas urgentiste, que tante Maya est pas enceinte et qu’oncle Saturnin se déplace pas en fauteuil roulant, je me suis garé devant le porte d’entrée, laissant Galilée et Diogène dans la voiture. Et tu veux que je  te dise, Diogène, c’est le meilleur-antivol que j’ai jamais eu. C’est pire depuis que je lui ai mis un gilet jaune : ça a un effet répulsif, tu peux pas savoir. Même les puces et les tiques vont jouer ailleurs. Elles demandent qu’à fuir.

Alors maintenant, je vais promener Diogène dans la rue. Je suis la piste des honnêtes gens qui grimacent à la vue du jaune et qui laissent leur chien crotter partout sans ramasser. Diogène refile ses puces aux chiens-chiens de leur mémère ou de leur pépère qui s’installent sur leur beau pelage bien nourri. Comme ça, maintenant ils savent ce que ça fait de gratter sans arrêt pour rien !

 

Sylvestre

 

 

 

 

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