Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Le Panier à Salade

Le Panier à Salade

 

Je ne sais quel âge j’avais quand je pris ma décision. Je me souviens seulement que c’était à la fin d’une année scolaire par une belle journée d’été débutant.

A chaque fois que ma mère ouvrait la porte du placard, je te regardais, déterminée à en finir.

J’enrageais à l’idée de ta solidité.

Puisque l’été arrivait, je savais que chaque soir, elle allait te sortir de ton trou, te remplir de la belle salade verte tout fraîche cueillie du jardin et qu’elle emplirait ton ventre rebondi qui n’attendait qu’elle. Elle rabattrait tes deux poignées d’un geste sec, elle te tendrait vers moi avec autorité pour m’ordonner :

  • Va secouer la salade !

Et voilà, le bras en balancier sur le balcon, je secouerais la salade avec un objet hérité d’un passé laborieux.

Une fois, perdue dans le geste et mes pensées d’enfant imaginative, je t’ai lâché et tu as atterri dans le jardin du voisin. J’ai bien failli t’y laisser, mais ma mère, imperturbable dans les cas de drames domestiques te récupéra aussitôt grâce à un subterfuge dont elle avait le secret et le voisin, assoupi au pied de son tas de bois, prisonnier de Morphée n’y vit que du bleu.

Alors, un midi, entre deux séances de classe, avec l’aide de mon amie Sylvie, j’ai décidé de te supprimer, de t’éradiquer, de t’abolir, de t’extirper du placard d’où chaque soir, égal à la veille, tu sortais grâce aux mains résolues de ma mère. A croire qu’elle se vengeait sur moi d’avoir secouer dans son enfance un congénère de ta sorte.

J’avais bien mûri mon plan : Sylvie me fit la courte échelle et je t’accrochai au clou d’un poteau électrique de la rue. C’est en musardant que je l’avais repéré. Comme quoi, musarder sert à quelque chose.

Placé assez haut, ma mère ne te verrait pas et tu disparaitrais de ma vie.

C’est ainsi que tu te retrouvas suspendu, toi, objet insolite en ce lieu improbable.

Et cela dura six bons mois. La cachette au grand jour était bonne puisqu’aucune âme délatrice n’en parla à quiconque évitant que les échos de cette découverte incongrue arrivent aux oreilles attentives de ma mère.

De mon côté, je ne te regardais pas quand je passais sous ton ventre rond. Cependant, ma mère s’obstinait à te chercher comme un chien de chasse court après le faisan qui lui a échappé.

Elle m’accusait de t’avoir caché dans le jardin.

Et elle inspectait, fouinait, retournait une planche, ouvrait des portes avec énervement et régularité jusqu’au jour fatidique où elle leva le nez.

Les enfants, on les accuse toujours d’être le nez en l’air et de ne pas regarder où ils marchent.

Ben, si elle avait fait comme eux, elle t’aurait trouvé plus tôt au lieu de s’énerver.

Alors, tu es revenu et on t’a mis sous surveillance et moi aussi !

Et j’ai dû continuer à secouer la salade en raidissant tout mon corps courroucé de tant d’injustice.

Toi, le panier à salade, je pense encore à toi.  Ça doit être pour ça que j’ai tant de mal avec la salade. La manger, passe encore, mais la préparer, quelle plaie !

Heureusement, les temps ont changé. Aujourd’hui, j’emploie un autre outil mais si tu savais comme j’ai envie de lui écrire… Et dire que c’est ma mère qui me l’a offert !

Catherine

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Contrainte: DEpuis le temps que ça la titille de lui dire tout le mal qu'elle pense de lui!

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article