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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

Sylvestre aux Champs Elysées

Sylvestre aux Champs Elysées

Episode 2

 

Monsieur Le Ministre de l’Intérieur,

Je vous écris aujourd’hui pour vous raconter ce que j’ai vécu à Paris samedi dernier pendant que vous étiez dans votre ministère.

Voilà, je voulais faire un beau cadeau de Noël à ma Gillette. C’est Loulou qui m’a donné l’idée.

Loulou, c’est mon neveu. En réalité, il s’appelle Louis. Mais nous on l’appelle Loulou. Il a quarante ans et il est actionnaire dans une grande entreprise. Il s’est bien débrouillé : quand il a été embauché dans l’entreprise, il s’est rendu indispensable, puis il a fait virer le directeur, il a pris sa place et il a acheté les parts de la société. Maintenant, il fait travailler les autres et il réclame des dividendes. C’est comme ça que s’appelle sa paie.

Chaque mardi, il m’emmène déjeuner au Bec Fin pour compenser les repas végétariens que Gillette me prépare en ce moment. Il m’aime bien Loulou.

Quand je lui ai parlé du cadeau de Gillette, il m’a dit d’aller aux Champs Elysées. Là-bas, il y a des beaux magasins pimpants, de beaux trottoirs où se promènent de belles personnes bien sympathiques, et en ce moment, c’est illuminé à cause de Noël. Il était sûr que là-bas, je trouverai ce que je cherche.

Alors samedi dernier, je me décide : je laisse Gillette avec ses copines et je vais à Paris.

J’ai pas pris ma voiture parce que je voulais pas que Gillette me voit prendre l’autoroute.

Figurez vous qu’elle et ses copines ont organisé un barbecue à l’entrée de l’autoroute.

J’ai pas bien compris, c’est un drôle d’endroit pour faire un barbecue en ce moment.

 Mais comme d’habitude, j’ai pas cherché à comprendre. Plus je la laisse s’occuper à l’extérieur, plus je suis tranquille.

J’ai donc pris le train. Les ennuis ont commencé à la gare. Quand je suis arrivé, le guichet était fermé. Bon, que je me dis, le guichetier est malade et il est pas remplacé.

Un jeune homme sympathique jouait avec son cartable dans la salle d’attente : vous savez ce petit boitier qu’y ont maintenant les jeunes. Dedans, il y a tous les livres où ils apprennent, il parait qu’ils rangent leur téléphone dedans. Bref, le petit m’a expliqué pour prendre mon billet à la machine à billet. Heureusement qu’il était là, sinon je sais pas comment j’aurais fait et quand j’ai payé, je lui ai demandé s’il s’était pas trompé. Mais non, c’est le prix qu’il m’a répondu. Ben dites donc Monsieur le Ministre à la SNCF ils doivent faire des affaires.

Puis, j’ai attendu le train sur le quai. Quand il est arrivé avec dix minutes de retard, il y avait quelques personnes à l’intérieur.

Ça m’étonne pas, vu le prix, les gens ils doivent prendre leur voiture. Et puis, c’est pas confortable du tout et en plus, tout le long du trajet, il a pas arrêté de s’arrêter, de repartir et ainsi de suite et d’un seul coup, il a pris son élan et je suis arrivé à la Gare de l’Est. Il en a mis du temps à chauffer.

Et c’est quand les portes se sont ouvertes que je me suis mis à éternuer et ça s’est mis à puer, mais à puer ! J’ai regardé autour de moi et ça avait pas l’air de déranger les autres.

Je ne sais pas ce qui sent comme ça mais c’est pire que les fameuses odeurs de la campagne.

Et puis, dans le métro ça s’est pas arrangé et en plus, là, il y avait plus de monde. On était un peu tassés. Faut dire aussi que des randonneurs s’étaient donné rendez-vous, justement aux Champs Elysées. Il a fallu que ce soit ce jour-là. Je les ai bien reconnus, ils avaient tous des gilets jaunes.

Quand enfin je suis sorti à l’air, je me suis senti mieux, mais il y avait toujours ce truc qui me faisait éternuer. Il y avait du monde partout qui marchait, qui courait, qui criait. C’est fou ce qu’ils sont pressés à Paris.

Une fois que je me suis repéré, je me suis lancé et je suis arrivé devant des barrières où un policier m’a demandé mes papiers. C’est la première fois qu’on me demande ça quand je me promène à pied. Le policier m’a lancé un œil bizarre comme si c’était moi qui puais.

Et pourtant, je m’étais fait beau pour aller en ville : jean bien repassé, pull vert kaki, ma casquette en cuir et mon gilet jaune. J’ai gardé cette habitude de mettre mon gilet jaune : ça me protège de la pluie et on me voit de loin. Le flicaillon m’a laissé passer et je lui ai souhaité une bonne journée. Il m’a même pas répondu ce mal élevé. Va falloir apprendre la politesse à vos troupes Monsieur le Ministre.

Enfin engagé sur l’avenue, je commençais ma recherche quand soudain, je les ai vus arriver sur moi : des randonneurs poursuivis par des hommes casqués suivis par des hommes en noir cagoulés. Et tout ça courait, vociférait et lançait des trucs qui pétaient.

Alors, je me suis réfugié dans une petite rue et d’un coup, il est arrivé droit sur moi en criant, le casque dans une main et l’autre main sur ses yeux. Il pleurait le pauv’gars. Quant il s’est arrêté en pliant les genoux, je suis allé l’aider.

Puis une randonneuse est passée à toute vitesse en agitant un drapeau bleu blanc rouge et en criant :

  • Ils ont lâché les gaz !

Et le gendarme s’est allongé par terre. J’ai sorti mon grand mouchoir à carreaux pour lui essuyer le visage. A la maison, Gillette a supprimé les kleenex : elle dit que c’est cher et que c’est sale, les gens les jettent partout. Alors, elle a acheté des mouchoirs en tissu. Bon ceux-là on peut s’en servir plusieurs fois mais quand même il faut les laver et ça use de l’eau. Mon gendarme, pour le moment, il faisait pas le difficile : il était blanc comme un linge, une barbe de trois jours et des yeux d’épagneul.

J’ai pas bien compris ce qui le tracassait car il arrêtait pas de dire :

  • Droite, gauche, droite, gauche…

Comme s’il rythmait une marche militaire ou qu’il comptait les coups sans savoir d’où ils venaient exactement.  Ça devait pas faire longtemps qu’il faisait ce métier-là.

Il avait pas tort le gendarme : ça déboulait de tous les côtés, à gauche, à droite, au milieu.

Puis ses collègues sont arrivés et les pompiers l’ont évacué et je suis resté là au milieu du champs de bataille. Ça pétait comme à Verdun, Monsieur le Ministre, alors j’ai pris le chemin du retour. Je me suis  perdu et je me suis retrouvé au milieu d’une manifestation : des femmes qui se plaignaient de leurs maris.

Je me suis posté sur le trottoir à côté d’un policier qui regardait et j’ai attendu qu’elles passent. C’était une vraie manifestation Monsieur Le Ministre dans l’ordre et la gaieté.

Puis, j’ai demandé de l’aide au policier : au début, il était pas aimable mais quand je lui ai dit que c’était pour rentrer chez moi, il a pas hésité, il m’a aidé à traverser la rue.

Parce que pour traverser les rues à Paris, c’est pas facile, il y a des voitures partout et vous avez intérêt à traverser vite sinon vous êtes foutu. Je suis revenu à la Gare de l’Est sans cadeau pour ma Gillette. Et le trajet du retour par le train a été aussi chaotique qu’à l’aller et je suis arrivé un quart d’heure en retard sur l’horaire.

Alors voilà Monsieur Le Ministre j’ai quelques questions à vous poser :

D’abord pourquoi vous envoyez les gendarmes après les randonneurs ?

Nous à la campagne, quand on va à la chasse, on met des panneaux « Chasse en cours » et les randonneurs passent au large par d’autres chemins où on n’est pas. Et comme ça chacun s’adonne à sa passion sans déranger l’autre.

Et le petit CRS, je l’ai revu au JT : Il va pas bien du tout : il est toujours blanc comme un linge, la barbe de trois jours et les yeux d’épagneul.

Il avait troqué son uniforme contre un costume bleu horizon et il répétait toujours les mêmes phrase comme s’il avait appris une leçon. Il est pas fait pour ce métier ce gars là. Faut ménager vos troupes Monsieur le Ministre. Moi j’ai vu comment on les traite.

Et ces gaz qu’ils ont lâchés, vous croyez pas que c’est à cause de ça que Paris pue ? A moins que ce soit les voitures. Nous à la campagne, elles sont plus éparpillées et ça crée moins de problème. Dites donc pour se garer, ça doit être quelque chose.

De toute façon, la dernière fois que j’y suis allé à Paris, c’était il y a cinquante ans, je me rappelle c’était au mois de mai : je voulais aller voir comment Paris était beau au mois de mai, à cause de la chanson de Charles Aznavour (je le retiens celui-là !) et ben, c’était déjà le bordel.

Moi, si j’étais le Maire de Paris, j’interdirais les voitures et j’accueillerais des gens riches qui marchent seulement sur les trottoirs, ça limiterait les dégâts.

En plus, je voulais vous dire : plus jamais je prendrai les transports en commun, j’ai été trop ballotté. Si au moins il y avait du monde, on se serrerait les uns contre les autres et en plus, je suis revenu en retard et la police municipale avait déposé la facture du parking sur mon pare-brise. Faut que j’écrive au maire pour lui expliquer.

A bientôt Monsieur Le ministre.

Sylvestre

 

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C
Coucou!<br /> J'aime beaucoup Sylvestre et je comprends tout ce qu'il écrit !<br /> C'est un brave homme avec de belles tranches de vie !
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S
Le monde selon Sylvestre.<br /> Très attachant, il commente parfaitement l’actualité, en laissant toutefois supposer que nos campagnes sont peuplées de gens « mal dégrossis ». J’ai un instant pensé aux personnages de Michel Peyramaure. Mais Sylvestre reste dans la modernité et j’aime tes références aux faits et lieux réels. J’ai un sourire aux lèvres lorsque je te lis et je reprends toujours tes textes à haute voix pour apporter cette sonorité au ton de ton histoire. Merci et poursuis ton aventure à travers les yeux de Sylvestre. Fabienne
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