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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

En catimini

En catimini

Mon grand-père était une figure familiale et locale. Tout le monde le connaissait et l’appréciait pour son esprit vif et facétieux.

Imaginez un petit bonhomme trapu, le dos voûté, l’œil bleu et brillant, la moustache blanche, les mains dans le poches  d’un pantalon retenu par des bretelles « Hercule », un feu de plancher sur des godillots lacés et l’éternelle casquette posée sur son crâne dégarni.

C’est à elle qu’on se fiait pour connaitre l’humeur du jour. Rabattue sur le devant, nous savions que ce serait un mauvais jour ou un mauvais moment. Parce qu’avec mon grand-père, il y avait peu de mauvais moments. Ceux là n’avaient lieu que lorsqu’il avait chaussé les « chaussures à bascule ».

Bien relevée sur sa tête, la casquette offrait un dégagement qui lui permettait de penser  et ce jour là, tout était possible : l’amusement, la promenade légère à l’allée et plus lourde au retour s’il s’était arrêté un petit moment au bistrot, et l’aventure.

Quand en plus, je le surprenais à remuer les épaules et s’essuyer les yeux et la moustache avec son grand mouchoir à carreaux, je savais que la farce était en gestation dans l’esprit espiègle du vieil homme et qu’il riait déjà. Tout seul pour commencer.

Où avait-il acquis cette capacité à rire seul ? Il s’amusait déjà avec lui-même avant de partager le joyeux évènement qui ferait rire ma mère, ma tante, les petits-enfants, moins souvent mon père et les amis choisis naturellement pour leur envie de rire.

Ma mère qui était son meilleur public et qui racontait facilement l’histoire de notre famille ne me racontait pas toutes les farces nées de l’imagination de mon grand-père.

Ce qui me mettait en joie, c’était le jeu des épaules dénonciatrices du méfait à venir et de l’hilarité qui allait suivre après les réactions prévues ou souhaitées. A cette époque, je trouvais les adultes surprenants. Ils pouvaient être d’une sévérité totale et rire à gorge déployée aux facéties d’un aïeul.

J’ai compris plus tard que la force de cet homme résidait dans sa philosophie de la vie qu’il aimait tellement  alors qu’elle lui avait infligé de terribles chagrins. Ou peut-être était ce à cause de ces souffrances, qu’il avait préféré vivre dans la gaieté ? Peut-être narguait –il aussi un peu son passé en vivant dans la bonne humeur.

Avec le recul, je me dis qu’il était tout simplement  un homme de cœur. Un gros cœur dans un petit corps.

Mais, pour l’enfant que j’étais à cette époque, surprendre un adulte rire en cachette, sans les autres, en dépit des autres, c’était tellement inattendu : les enfants, nous faisions des bêtises en cachette, parce que nous étions des enfants et je ne pouvais supposer que les adultes en faisaient autant.

Mes parents, non. Ma grand-mère, je n’ose pas y penser ! Alors mon grand-père qui était bien plus vieux qu’eux… Et pourtant, c’est ce qui arrivait.

C’est cette bonne humeur naturelle à laquelle je pense souvent. Pour moi, mon grand-père  a été un homme généreux pour sa famille, non pas en terme pécuniaire comme on l’entend aujourd’hui mais en terme de leçon de vie.

Savoir rire tout seul me semble une richesse infinie. Celle qui fait éclore le sourire jusqu’aux yeux et laisse un héritage inoubliable.

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Souvenir d'enfance, revenu à l'improviste ...en riant en catimini.

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