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desmotsdebrie

Atelier d'écriture créative, écriture partagée, en groupe, littérature, poésie, nouvelles, apprentissage techniques d'écriture,exemples de contrainte d'écriture

La salade de riz

La salade de riz

 

 

La matinée avait été longue et, bien que très occupée par son travail, Camille n’avait pas cessé de penser à son repas du midi. Son activité de la semaine l’obligeait à décaler son heure de déjeuner, ce qui la contrariait fortement : l’heure du repas était sacrée!

Néanmoins, elle prit son mal en patience et travailla jusqu’à l’heure dite tout en savourant à l’avance sa préparation : une salade de riz.

La veille, elle avait fait cuire son riz patiemment. Quand il fut froid, elle l’avait accommodé amoureusement de tous les ingrédients qu’elle aimait : les œufs durs du terroir, les oignons juteux, le maïs croustillant, les tomates rebondies, le thon ferme, les olives vigoureuses, le sel fin, le poivre odorant, l’huile légère, le vinaigre capiteux et le persil gracieux. Le tout mélangé avec une dextérité de professionnelle et les papilles d’une gourmande.

Elle avait pensé que cela la changerait des plats tout prêts qu’elle consommait quotidiennement. Et puis, c’était un plat de saison, le soleil était revenu; l’humeur était comme son baromètre au beau fixe. Elle partit donc de bonne humeur. Durant son travail, elle repassait en mémoire sa savoureuse « gamelle » et en parlait à ses collègues. Elle leur expliquait : le riz cuit avec doigté, les œufs durs du terroir, les oignons juteux, le maïs croustillant, les tomates rebondies, le thon ferme, les olives vigoureuses, le sel fin, le poivre odorant, l’huile légère, le vinaigre capiteux et le persil gracieux.

 

 

Puis, le moment du déjeuner arriva. Camille se précipita au réfectoire. Arrivée là, elle prit dans le réfrigérateur le fameux trésor à l’abri dans un sac en plastique vantant une marque de tracteur, elle l’aurait reconnu entre mille. Elle s’assit à une table, sortit ses couverts, disposa son verre, étala sa serviette de table sur ses genoux et ouvrit la précieuse boite contenant son repas…et un vulgaire rôti de porc, pâlichon à souhait accompagné d’une purée blondasse s’offrit à ses yeux horrifiés!

Mais ce n’était pas sa gamelle! Elle se précipita vers le réfrigérateur où elle s’engloutit presque afin d’y retrouver le fabuleux paquet. Qui avait osé lui cacher son déjeuner? Caché! Volé oui!!

Camille se mit se mit à crier à la cantonade décrivant à tue-tête l’objet de son désarroi, puis désormais de sa colère. Quelle friponne avait eu l’audace de porter la main sur le paquet au nom de tracteur?!

Elle appela un supérieur hiérarchique, lui fit hautement constaté le motif de son émoi et le traîna dans tous les bureaux afin de démasquer la briseuse de bon déjeuner.

Rien n’y fit : on ne le retrouva pas. Aucun mot, aucune menace ne fit sortir le gredin.

 

Quelques kilomètres plus loin, Bénédicte et Solange savouraient un moment de repos dans la cuisine ensoleillée de cette dernière. Par ce beau jour de mai, les deux amies avaient préféré fuir le réfectoire sombre et encombré du bureau pour se réunir au logis de Solange. Affalée sur une chaise, la tête posée sur sa main Bénédicte réfléchissait. La matinée avait été longue et malgré son bavardage à bâtons rompus avec Caroline, le temps lui avait paru une éternité.

Tout en méditant, elle déposa sa gamelle sur la table et commença à la déballer. Elle disposa ses couverts et son assiette, sortit son verre et sa serviette de table et ouvrit la boite.

Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant la jolie salade de riz !

Qui avait pu créer une telle œuvre ?

Un riz patiemment cuit et mélangé à des œufs durs du terroir, les oignons juteux, le maïs croustillant, les tomates rebondies, le thon ferme, les olives vigoureuses, le sel fin, le poivre odorant, l’huile légère, le vinaigre capiteux et le persil gracieux.

Evidemment, c’était loin des plats préparés et des cartons Mac Machin qui faisaient le quotidien de ses horribles gamelles mangées à la hâte entre deux séances de travail.

Bénédicte soupira et raconta à son amie sa merveilleuse mais néanmoins inopportune découverte. Elle décida de téléphoner au bureau afin de prévenir la collègue sûrement bien ennuyée de ne pas retrouver sa prodigieuse composition.

N’écoutant que son bon cœur, Bénédicte saisit le téléphone et communiqua sa terrible étourderie. En effet, sans réellement regarder le contenu du réfrigérateur, Bénédicte s’en voulait d’avoir pris le premier paquet qui se présentait. Pourtant, elle ne pouvait pas se tromper, le paquet portait une publicité vantant une marque de tracteur. Elle l’aurait reconnu entre mille !

Après le déjeuner, très contrariée mais consciente de sa loyauté, Bénédicte arriva à son bureau avec le fabuleux emballage renfermant la gamelle.

Elle se dirigea directement vers l’heureuse propriétaire qui la reçut comme une poissonnière à son étalage vantant son incomparable marchandise.

Se rendait-elle bien compte du préjudice subi ?

Elle avait du attendre qu’une collègue sorte et lui rapporte un carton de chez Mac Machin, cette immonde bouffe à vous décoller l’estomac et vous faire péter tout un après-midi !

Alors que sa salade de riz à elle, conçue dans sa propre cuisine, avec son amour personnel et destiné à être dégusté par elle seule !!

Comment pouvait-on être étourdie à ce point ?

Comment pouvait-elle faire perdre son temps à toutes ses collègues ?!

Comment pouvait-elle avoir aussi un emballage vantant une marque de tracteur ?!

Bénédicte ne put convaincre sa véhémente collègue, aucune excuse n’apaisa la juste colère de sa camarade frustrée. Bénédicte regagna son poste de travail en soupirant.

Ainsi, fidèles à leur corporation, les deux jeunes femmes, fille et femme d’agriculteur avaient utilisé le même conditionnement pour transporter leur casse-croûte.

Les deux héroïnes de cette histoire ne trouvèrent jamais de terrain d’entente et l’estomac en jachère, Camille souffrit tout l’après midi la terrible bourrasque qui dévastait son cœur tandis que Bénédicte, l’âme en friche surveillait le baromètre de sa tension dans l’attente d’une accalmie.

 

Mais, on ne sut pas ce que devint le sublime repas…                

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Je n'ai rien inventé, cette histoire est vraie. Mais chacun sait que  " la gamelle, c'est sacré!"                                                      

 

 

 

 

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